Actualités, Portraits

Une source précieuse pour l’histoire régionale

Edition N° 6 – 18 février 2026

La description de l’incendie de Bévilard en 1867 : un moment fort du journal d’Edouard Tièche. (Source : Gravure Alessandro Longo ©Editions du Bourg).

– Laurence, qu’est-ce qui vous a incitée à retranscrire le journal personnel d’Edouard Tièche ?

– Ma redécouverte du journal d’Edouard Tièche remonte à 2016-2017, au moment où je travaillais à une monographie consacrée à Bévilard. J’étais à la recherche de sources d’information sur le village et je suis tombée sur la mention de ce journal. Je suis partie à sa recherche et je l’ai finalement retrouvé à Berne, aux Archives littéraires suisses, un département de la Bibliothèque nationale suisse, où se trouve un fonds d’archives consacré à Edouard Tièche. Au moment où j’ai retrouvé le journal, je n’ai pas vraiment eu le temps de l’exploiter. Mais j’avais eu le temps de voir que son contenu avait un intérêt certain, et que ce document méritait d’être connu et mis à la disposition du public. La dernière et seule analyse remonte à 1945. L’approche était alors plutôt littéraire. C’était aussi l’occasion d’apporter un regard nouveau, plus historique. Et c’est ainsi qu’est né le projet de retranscription.

– Qui était Edouard Tièche au-delà du poète : quelle place occupait-il dans la société de Bévilard et du Jura bernois ?

– Edouard Tièche est né en 1843 à Bévilard, il est originaire de Reconvilier, et il est le fils du pasteur de la paroisse Abram Emanuel Tièche et de Louise Eggimann, fille d’un notaire bernois, institutrice de formation. Il est aussi le neveu du docteur Aimé Tièche de Reconvilier, une figure politique, économique et culturelle cantonale. Il est donc issu d’un milieu privilégié de notables de la région. La lecture de son journal nous fait découvrir la vie d’une famille bourgeoise, ses nombreuses relations dans le Jura bernois, à Bienne et plus loin encore dans l’arc lémanique. Mais lui-même vit plutôt en marge. Par sa santé fragile (il souffre d’asthme et de dartre), par son goût pour la poésie et la littérature, il a de la peine à trouver sa place dans un village encore très agricole et dans sa famille, pour qui faire de la poésie n’est pas un vrai métier. Il est régulièrement moqué. Il a aussi du mal à supporter le cadre de vie très strict et austère imposé par son père. Il a un seul ami très proche, le régent du village, Hippolyte Sauvant, que son père trouve de mauvaise influence. Il va toutefois réussir à se faire un cercle de connaissances hors du cercle familial, notamment grâce à sa pratique de la botanique. S’il est issu d’un milieu privilégié, il s’intéresse aux gens qui l’entourent, quel que soit leur statut. C’est un observateur curieux et il peut être très ému par un mendiant ou un musicien de rue et être très critique face à quelqu’un de rang plus élevé.

– Son œuvre a-t-elle été reconnue de son vivant ? Comment a-t-elle été reçue à l’époque ? 

– Edouard Tièche a publié plusieurs de ses poèmes dans des revues jurassiennes ou vaudoises dès les années 1860. L’édition de son ouvrage, Soirées d’hiver, date de 1877. Ces écrits lui ont valu une certaine notoriété à l’échelle jurassienne et romande. On lui reconnaît un réel talent, mais sans pour autant le considérer comme un grand poète. Ce sera juste après sa mort que Virgile Rossel jouera un grand rôle dans la diffusion de son œuvre.

– Pourquoi est-il important de redonner aujourd’hui une visibilité à un poète comme Edouard Tièche ? 

– En tant qu’historienne, c’est évidemment la dimension historique de son journal qui me parle tout particulièrement. Il est riche d’informations sur des thèmes très variés. La vie au village, l’environnement naturel, la vie culturelle dans le Jura bernois et à Bienne, etc. Les thèmes qui le préoccupent personnellement, le changement technique, le matérialisme, la guerre, sa quête d’idéal, la place de la culture sont aussi des thèmes qui nous parlent dans la société actuelle. 

– Avez-vous rencontré des difficultés particulières dans la reconstitution de son parcours ou dans l’accès aux textes ? 

– Retrouver la trace du journal et du fonds « Edouard Tièche » n’a pas été facile. J’ai passé plusieurs mois en 2017 pour remettre la main sur ces documents dont tout le monde semblait avoir oublié l’existence.

– Votre regard sur Edouard Tièche a-t-il évolué au fil de l’écriture ? 

– La retranscription a été une découverte continuelle et passionnante de la personnalité d’Edouard Tièche et de son environnement. Il est quelqu’un de très attachant. En le retranscrivant, il est presque devenu un ami. Arrivée au terme de son journal, je n’avais qu’une seule envie, celle de savoir quelle avait été la suite de sa vie.

Propos recueillis par Olivier Odiet

La retranscription du journal d’Edouard Tièche est accessible gratuitement sur le site www.edouardtieche.ch. 

Une copie papier peut également y être commandée au prix de Fr. 45.-. Quatre petits volumes thématiques réunissant des extraits du journal sont en vente au guichet de l’administration communale de Valbirse, à la librairie du Pierre-Pertuis à Tavannes et sur le site. Fr 13.- le volume, Fr. 44.- les quatre.

La description de l’incendie de Bévilard en 1867 : un moment fort du journal d’Edouard Tièche. (Source : Gravure Alessandro Longo ©Editions du Bourg).