– Anthony Picard, lorsque vous repensez à ces dix années, quelle est la première image qui vous vient à l’esprit ?
– C’est indiscutablement le fait d’avoir pu m’enrichir de contacts humains et de connaissances variées dans un milieu très concurrentiel. Le défi visant à développer nos activités tout en évitant au maximum de dépenser les deniers de nos actionnaires a pu être relevé avec la transformation de l’Hôpital du Jura bernois en Réseau de l’Arc. Ce modèle qui repose sur une coordination renforcée entre médecine de premier recours, soins spécialisés et suivi des patients a notamment permis d’améliorer considérablement notre situation financière, ce qui ne résulte évidemment pas du seul travail du conseil d’administration, mais des efforts consentis par la direction, le personnel médical et les équipes administratives.
– Est-ce que vous aviez imaginé à l’époque l’ampleur des défis qui allaient se présenter sur votre chemin ?
– Alors oui, j’étais conscient que cette présidence n’allait pas être une balade de tout repos, mais ce que j’ignorais, c’est l’influence de cette mission jusque dans ma vie privée puisque le vote sur l’appartenance cantonale de la ville de Moutier a donné énormément de piquant à mon expérience. Je vais vous livrer une anecdote. Un jour, je me suis retrouvé dans le Jura en pleine période de turbulences engendrées par ledit vote et ma fille est montée sur le podium dans un silence assourdissant. J’ai très vite compris pourquoi !
– Qu’est-ce qui vous rend aujourd’hui le plus fier du chemin parcouru ?
– Ma première fierté, c’est de pouvoir dire que l’hôpital existe encore, ce qui n’était pas forcément une évidence compte tenu du contexte économique et politique auquel le conseil d’administration a été confronté. Le fait d’avoir pu développer l’ambulatoire de manière significative constitue également une autre source de satisfaction. Au même titre d’ailleurs que la fabuleuse aventure des soins intégrés dans le cadre du modèle Viva, développé avec Swiss Medical Network et Visana. Le 1er janvier 2023, nous sommes partis à zéro et aujourd’hui près de 4500 membres sont recensés, ce qui est tout simplement exceptionnel.
– Quels ont été les moments les plus difficiles de votre mandat ?
– Il faut d’abord savoir que je n’étais pas du tout préparé à une mise en lumière politique. Vous me connaissez, je peux parfois être un peu trop saignant dans mes réponses et avec le recul, j’aurais peut-être fait les choses différemment, mais c’est bien connu, on est toujours plus intelligent après. Une chose est sûre, je ne regrette rien.
– Durant ces dix ans, quel est le changement qui a le plus marqué l’Hôpital du Jura bernois ?
– C’est indiscutablement l’intégration des soins psychiatriques au sein de l’hôpital en juillet 2018. Avant, on s’occupait du corps et maintenant, on y a encore ajouté l’esprit. Ce nouveau pôle santé mentale répond à la volonté du canton de Berne de rapprocher la psychiatrie des autres disciplines médicales. Cette proximité favorise une prise en charge globale des patients, notamment pour ceux qui présentent simultanément des troubles psychiatriques et des pathologies physiques.
– Quels souvenirs gardez-vous de la période Covid ?
– En tant que président du conseil d’administration, je me suis retrouvé aux premières loges pour accompagner les mesures décrétées par la Confédération afin de maintenir et renforcer nos activités et je suis surpris aujourd’hui de voir que de simples mesures barrières comme le lavage des mains et le port du masque sont passés à la trappe, un peu comme si le virus avait totalement disparu.
– Qu’avez-vous principalement appris du monde hospitalier au contact du personnel soignant ?
– D’abord, je ne pensais pas entrer dans un monde aussi concurrentiel. Ensuite, j’ignorais aussi que chaque médecin qui exerce sa profession consciencieusement travaille avant tout pour lui avant de travailler pour une institution, d’où la nécessité de toujours embarquer les représentants d’une profession libérale dans les discussions qui les concernent. Nous avons connu une vague importante de départs au Medicentre de Moutier suite à l’intégration du modèle Viva. Je pense qu’il y a eu une erreur d’interprétation puisque certains médecins ont pensé que nous venions avec un diktat dans un but de cloisonnement. Nous n’avons peut-être pas suffisamment argumenté notre stratégie. Tout ce que je sais, c’est que nos explications ont été plus convaincantes au Medicentre de Tavannes.
– Etes-vous inquiet pour l’avenir du Réseau de l’Arc ?
– Non, pas du tout. Au contraire, non seulement il a tout pour plaire, mais en plus il possède une longueur d’avance en tant que région de soins, l’éventail global proposé allant du médecin généraliste à la physiothérapie en passant par les soins aigus, la santé mentale et l’EMS. Le Réseau de l’Arc est donc bien paré pour être en adéquation avec une vision qui se dessine gentiment à moyen terme, à savoir celle d’une population qui a davantage tendance à vieillir qu’à rajeunir.
Propos recueillis
par Olivier Odiet


