Le Rocher du Midi est beaucoup plus qu’un simple belvédère. C’est un paysage habité par la mémoire, façonné par la géologie, entretenu par des générations d’habitants et devenu, au fil du temps, un véritable espace de liberté et de découverte. La première force d’attraction des Rochers du Midi est évidemment visuelle. Depuis les hauteurs, le regard s’ouvre largement sur la vallée de Delémont, les gorges de Moutier et les reliefs environnants. La situation du site, à la transition entre les espaces habités de Courrendlin et les paysages plus sauvages de la montagne jurassienne, lui donne une personnalité particulière.
Véritable dimension narrative
La commune décrit elle-même le cheminement vers le Rocher du Midi comme une promenade qui évoque presque la Provence. Des pins aux silhouettes singulières dominent les falaises, tandis que le promeneur traverse des secteurs rocheux, passe devant des grottes et emprunte le bien nommé « Chemin de Houx ». Cette succession d’ambiances donne au parcours une véritable dimension narrative : on ne se contente pas de monter vers un point de vue, on traverse progressivement plusieurs paysages. C’est probablement l’une des raisons principales de l’attractivité du lieu. Le panorama n’arrive pas brutalement au terme d’une montée monotone : il se prépare. La forêt, les clairières, les rochers, les grottes et les végétaux accompagnent le visiteur jusqu’à la crête. L’arrivée sur celle-ci produit alors un effet de récompense particulièrement fort.
Le Rocher du Midi possède ainsi ce que les spécialistes du tourisme de proximité recherchent de plus en plus : un rapport entre effort et récompense très favorable. Il n’est pas nécessaire de partir plusieurs heures dans une région alpine éloignée pour ressentir le dépaysement. A quelques kilomètres de Delémont, le visiteur peut avoir l’impression de changer complètement d’univers.
Une histoire qui commence bien avant l’homme
L’histoire du Rocher du Midi est d’abord celle d’un paysage. Les falaises, les grottes, les reliefs et les sols racontent une histoire géologique beaucoup plus ancienne que celle des villages qui les entourent. Dans ce secteur du Jura, la roche et l’érosion ont produit ces formes caractéristiques qui donnent au paysage son caractère à la fois austère et accueillant.
Les grottes constituent à cet égard un élément particulièrement intéressant. Elles introduisent dans la promenade une dimension presque mystérieuse. Le promeneur ne découvre plus seulement un panorama : il entre dans un paysage dont certaines formes semblent dissimuler une histoire souterraine.
Cette dimension géologique est aujourd’hui intégrée à la découverte touristique du secteur. Les itinéraires autour du Rocher du Midi associent en effet patrimoine naturel, grottes, forêt et éléments historiques. Le territoire de Courrendlin dispose également de sentiers didactiques destinés à faire comprendre les relations entre la nature, la forêt et l’histoire locale.
Un patrimoine longtemps vécu avant d’être touristique
Il serait toutefois réducteur de considérer le Rocher du Midi uniquement comme une destination de loisirs. Le site appartient à un territoire forestier profondément lié à l’histoire de la bourgeoisie de Courrendlin. La commune bourgeoise possède aujourd’hui près de 394 hectares de forêts et assume notamment l’entretien d’environ vingt-cinq kilomètres de chemins, pistes et sentiers. Elle considère explicitement la protection de la forêt et de l’environnement ainsi que le développement durable comme faisant partie de ses tâches. Les zones de pique-nique et les équipements forestiers font eux aussi partie de cette politique d’accueil de la population. Dans le secteur du Rocher du Midi, une réserve forestière d’environ vingt-trois hectares était déjà mentionnée dans les informations communales consacrées à la bourgeoisie. Plus significatif encore, des documents de la protection de la nature datant de 1978 indiquent qu’un projet de mise sous protection du Rocher du Midi faisait alors l’objet d’une étude phytosociologique. Cela montre que la valeur naturelle et paysagère du site avait été identifiée bien avant que l’écotourisme et la randonnée de proximité ne deviennent des thèmes aussi populaires qu’aujourd’hui. Cette continuité est importante. Elle rappelle que l’attractivité actuelle du Rocher du Midi ne résulte pas uniquement d’une politique touristique récente. Elle repose sur un patrimoine naturel qui a été progressivement reconnu, préservé et transmis.
Un haut lieu de l’escalade jurassienne
Une autre dimension essentielle de l’histoire du Rocher du Midi est liée à l’escalade. Les parois du secteur de Vaferdeau et du Rocher du Midi sont aujourd’hui connues des grimpeurs et comptent parmi les terrains d’escalade importants de la région. Mais cette vocation sportive possède une histoire déjà ancienne.
Dans un bulletin du Club alpin suisse consacré à Hugo Weber, l’alpiniste est notamment présenté comme l’un des acteurs de l’escalade jurassienne et comme l’un des ouvreurs de voies aux Rochers du Midi. La « Sensationnelle », ouverte avec de jeunes grimpeurs, y est qualifiée de l’une des plus belles voies du Jura. Cette histoire contribue fortement à la personnalité du lieu. Le Rocher du Midi n’est pas uniquement un endroit où l’on vient « regarder le paysage » : pour certains visiteurs, il constitue un terrain d’engagement physique et technique.
Des profils de publics différents
Les témoignages contemporains de grimpeurs montrent d’ailleurs que cette tradition demeure bien vivante. Le secteur de Vaferdeau est décrit comme une falaise majeure offrant à la fois des voies d’initiation, des grandes voies comme la « Joe Brown » ou la « Sensationnelle », et des itinéraires beaucoup plus exigeants. Des grimpeurs continuent encore aujourd’hui à y ouvrir, reprendre ou enchaîner des voies difficiles. Cette coexistence entre promenade familiale et pratique sportive exigeante est un atout remarquable. Elle permet au même paysage de toucher des publics très différents : le randonneur venu chercher le calme, la famille qui souhaite pique-niquer, le photographe attiré par la lumière et le panorama, mais aussi le grimpeur à la recherche d’une paroi technique. (map)

