Plutôt que de laisser certaines rumeurs se répandre sans broncher, nous avons souhaité une bonne fois pour toutes faire le point sur les intentions de la ville de Bienne envers son voisin, le Jura bernois. Pour éclairer notre lanterne, une personne était toute désignée : Glenda Gonzalez Bassi, maire de Bienne. Son message est clair : la région du Grand Chasseral ne doit surtout pas considérer Bienne comme une ennemie qui a pour but d’avaler ses institutions, mais plutôt comme une alliée qui cherche à favoriser les échanges et poursuivre une relation harmonieuse sans la moindre ambiguïté. Il faut donc considérer Bienne et le Jura bernois comme un espace de vie commune et pas comme des entités concurrentes : « Afin de préserver son identité territoriale, le Jura bernois portait sa méfiance sur le canton du Jura et maintenant que la Question jurassienne est a priori réglée, c’est Bienne qui passe pour une menace vis-à-vis de la région du Grand Chasseral. On parle de « Biennalisation ». Un mot étrange qui découle peut-être du déménagement du ceff ARTISANAT de Moutier à Bienne, mais c’est une décision du canton et pas de notre ville », explique-t-elle. « En fait, Bienne n’a aucun intérêt à tout prendre chez elle car cela créerait un fâcheux déséquilibre qui ne servirait les intérêts de personne. On parle du Jura bernois, mais ce constat est également valable pour la région du Seeland. Pour Bienne, la situation est claire : il faut renforcer nos collaborations, créer des synergies et continuer de jouer un rôle de pont avec la région du Grand Chasseral. On ne parle donc pas ici de rivalité entre le Jura bernois et Bienne, mais plutôt de coopération. » Moralité : les citoyennes et citoyens du Jura bernois peuvent continuer de dormir sur leurs deux oreilles : Bienne n’est pas animée de la malveillance que certains veulent bien lui prêter…
Mais qui est donc Glenda Gonzalez Bassi ?
Née en 1968 à Buin, au Chili, Glenda Gonzalez Bassi grandit dans un contexte politique marqué par les tensions de l’époque. A la suite du coup d’Etat chilien de 1973, sa famille quitte le pays pour trouver refuge en Suisse. Elle s’installe alors à Bienne, ville qui deviendra le centre de sa vie personnelle et politique. Après une scolarité en Suisse, elle entreprend des études en économie à l’Université de Neuchâtel, puis s’oriente vers la formation des adultes et le travail dans le domaine de l’éducation et de l’intégration. Cette expérience professionnelle nourrit son engagement politique, notamment autour des politiques publiques liées à la formation et à l’inclusion. Membre du Parti socialiste romand (PSR), Glenda Gonzalez Bassi s’engage progressivement dans la vie politique locale. Elle est élue au Conseil de ville en 2014, avant de franchir une étape importante en 2020 en accédant au Conseil municipal. Entre 2021 et 2024, elle dirige la Direction de la formation, de la culture et du sport.
Une élection historique
En novembre 2024, Glenda Gonzalez Bassi est élue maire de Bienne à l’issue d’un second tour serré, succédant à Erich Fehr. Cette élection revêt un caractère historique, puisqu’elle devient la première femme maire de Bienne. Au-delà de son action politique, Glenda Gonzalez Bassi incarne une évolution plus large de la société suisse. Son parcours, de réfugiée chilienne à maire d’une grande ville, illustre les possibilités d’intégration et de mobilité sociale dans notre pays. Son élection symbolise également une reconnaissance accrue des parcours migratoires et une transformation des identités politiques dans les villes suisses. Glenda Gonzalez Bassi s’impose comme une dirigeante à la fois pragmatique, ouverte d’esprit et engagée. Son parcours personnel nourrit une action publique centrée sur l’inclusion et la cohésion. A la tête de Bienne depuis 2025, elle représente une nouvelle génération de responsables politiques, capables de concilier diversité culturelle, justice sociale et développement urbain dans une ville située au carrefour des identités linguistiques.
Des défis comme s’il en pleuvait
Pour la législature 2026-2029, le Conseil municipal de Bienne croule sous les défis majeurs dont Glenda Gonzalez Bassi nous dresse l’inventaire.
1. Gestion des flux des usagers de la route : « La sécurité routière est un thème placé au centre des priorités du Conseil municipal. Notre devoir est de garantir la sécurité des plus vulnérables comme les 6200 écoliers qui fréquentent quotidiennement l’école obligatoire de leur quartier. Nous avons pour objectif de mieux répartir les flux entre usagers de la route. De fait, la ville encourage le covoiturage, la marche, le vélo et les transports publics. Cela passe par la création de voies cyclables et piétonnes sécurisées. En clair, nous cherchons à accueillir les différents usagers de la route à Bienne le plus harmonieusement possible tout en sachant que nos possibilités sont limitées. Les routes ne sont pas des frontières physiques, ne l’oublions pas.
2. La crise du logement : « Je suis particulièrement sensible à la question du logement qui exige des solutions urgentes. L’idée, c’est de lutter contre la spéculation immobilière et de procéder à une densification vers l’intérieur. En résumé, nos mesures s’inscrivent surtout dans une stratégie de développement du logement abordable et de régulation du marché. Il est primordial de renforcer le logement coopératif et social et de limiter la vente de terrains publics à des investisseurs privés. »
3. Transition écologique et climatique. « Les villes jouent un rôle clé dans la lutte contre le changement climatique. A Bienne, cette question est portée par ESB, Energie Service Biel/Bienne. Parmi les principaux axes qui se dessinent à Bienne, je citerai l’envie de favoriser les énergies renouvelables en cherchant à s’éloigner au maximum des énergies fossiles. La rénovation et l’assainissement des bâtiments sont également placés au centre de nos préoccupations. Des projets de soutien sont d’ailleurs prévus à cet effet. Il va sans dire que cette intégration de la durabilité doit s’opérer sans compromettre notre équilibre budgétaire. »
4. Consolider le modèle bilingue et l’identité biennoise. « Bienne est la plus grande ville bilingue de Suisse. C’est un atout mais aussi un défi permanent. Le maintien de l’équilibre entre les communautés linguistiques exige des politiques actives, notamment dans l’éducation (classes bilingues), l’administration publique et la représentation politique. Dans un contexte national où les identités locales sont parfois fragilisées, Bienne doit continuer à faire du bilinguisme un moteur de cohésion et d’attractivité. »
« On ne fait pas les choses pour embêter les gens ! »
Lorsque nous avons demandé à Glenda Gonzalez Bassi l’usage qu’elle ferait d’une baguette magique en faveur de la ville de Bienne, sa réponse a fusé : « Je souhaiterais que les gens qui habitent Bienne et ses alentours aiment suffisamment cette ville pour en prendre soin. Bien sûr, nous devons parfois prendre des mesures impopulaires, mais nous y sommes contraints en raison des immenses défis à relever. On ne fait surtout pas les choses pour embêter les gens. Vous savez, on entend souvent dire que Bienne est une ville nulle qui ne se développe pas. Dans les faits, c’est exactement le contraire qui se produit. Entre 2024 et 2025, nous avons enregistré une augmentation des entreprises de 10 %. D’autre part, l’évolution de la fiscalité est de plus en plus favorable. Sincèrement, je trouve que l’image de la ville de Bienne est bien plus reluisante que les clichés qui circulent à son égard. »
Olivier Odiet




