Figure emblématique du hockey régional ayant aiguisé ses premières armes au HC Corgémont (1re ligue), Willy Hügi a connu différentes générations de joueurs, différentes époques, différentes patinoires et son regard avisé raconte l’évolution du hockey suisse, des années plus modestes aux ligues professionnelles modernes. Il fait partie du décor, de la mémoire vivante des clubs régionaux en général et du HC Bienne en particulier. Il faut déjà un cas de force majeur pour que ce sympathique moustachu ne se retrouve pas à la Tissot Arena le soir d’un match de la première équipe. Même ses deux autres grandes passions, le jass et la pétanque, passent au second plan. Bienne, c’est son club, sa deuxième famille, sa vie. Cet amour inconditionnel pour le pensionnaire de la Tissot Arena ne l’empêche toutefois pas d’être lucide au moment d’analyser une rencontre. Si l’adversaire est meilleur, il ne se réfugie pas derrière des excuses « bidon » qui caractérisent les supporters chauvins, mais il admet la réalité avec l’humilité qui lui colle à la peau.
Une désillusion qui résulte d’un grand nombre de facteurs
Nombreux ont été les supporters du HC Bienne qui ont pointé du doigt le coach-challenge demandé jeudi dernier face à Berne et qui a permis à l’Ours de revenir au score (4-3) et restaurer ainsi une confiance qui semblait pourtant bien ébranlée. Willy Hügi, lui, ne s’est pas laissé démonter : « A la place de Dubé, j’aurais fait la même chose. Il fallait essayer. Si le contexte lui avait donné raison, on l’aurait considéré comme un héros. C’est le sport, il faut prendre des décisions dans le feu de l’action et l’on est toujours plus intelligent après. » Pour cet expert du hockey suisse, cette élimination face à Berne au premier tour des play-in est en quelque sorte le reflet d’une saison mi-figue mi-raisin où l’équipe n’a jamais véritablement pris son envol. Trop d’erreurs, trop d’inconstance, trop de déchets, trop d’approximations. Bref, « trop d’un peu tout ». N’est-ce pas Willy ? « Oui, c’est une accumulation de plusieurs facteurs qui a conduit à cette nouvelle désillusion sportive et financière. Je préfère passer les flops sous silence et retenir les points positifs comme la classe du gardien Harri Säteri, le retour en grâce inattendu de Gaëtan Haas, la révélation Jonah Neuenschwander ou encore les bonnes performances globales de Fabio Hofer, Rodwin Dionicio et Mark Sever. Mais ce sont les seuls éléments qui échappent à la critique. L’insuffisance de certains joueurs-clé était trop criarde pour que Bienne soit capable de jouer un rôle en vue cette saison. Face à cette situation, un changement de coach était indispensable, mais il est survenu trop tardivement à mes yeux. Christian Dubé est un grand connaisseur du hockey suisse. C’était le bon choix, mais pas le bon timing », relève-t-il. Willy Hügi est brièvement revenu sur la défaite nette et sans appel (4-0) essuyée samedi dernier à Berne : « Bienne est passé à côté de son match. Il fallait tirer davantage sur le but et surtout ne pas gaspiller les rares occasions, comme celle de Linus Hulström, par exemple. » Cette élimination lui laisse un goût amer. Mais la saison prochaine, il reviendra à la Tissot Arena avec le même enthousiasme, le même plaisir et la même passion que lorsqu’il était lui-même acteur sur la glace. Et quel acteur !
Olivier Odiet


