La Tête du puits de mine des Rondez est un bâtiment construit en 1917 pour exploiter les gisements de minerai de fer présents dans le sous-sol jurassien. A cette époque, la région de Delémont a connu un important développement industriel grâce à l’extraction et à la transformation du fer. Les mines fournissaient la matière première utilisée dans les fonderies et les hauts-fourneaux installés dans la région.
Le bâtiment abritait les installations nécessaires au fonctionnement du puits vertical : un système d’ascenseur permettant de transporter les mineurs et le minerai extrait depuis les galeries souterraines. Les galeries se situaient à environ soixante mètres de profondeur, mais certains puits atteignaient jusqu’à 136 mètres. « Au total, près de 190 puits ont été creusés dans les communes de Delémont et de Courroux pour exploiter les filons de minerai », relève Régis Froidevaux. La structure, haute d’environ dix-sept mètres, était conçue pour soutenir la machinerie d’extraction. Sous sa toiture caractéristique se trouvaient également différents espaces utilisés par les mineurs, notamment un vestiaire et une forge pour l’entretien du matériel.
Le rôle de l’exploitation du fer dans la région
L’exploitation du minerai de fer a profondément marqué l’histoire économique de Delémont et de sa région. Dès la fin du XIXe siècle et jusqu’au début du XXe siècle, cette activité a employé de nombreux ouvriers et contribué à l’essor industriel local. Les mineurs, parfois surnommés les « gueules rouges » en raison de la poussière de minerai qui recouvrait leur visage après le travail, descendaient quotidiennement dans les galeries pour extraire le fer. Cette activité soutenait toute une chaîne industrielle, notamment les fonderies et les entreprises métallurgiques installées dans la vallée. Cependant, l’exploitation minière dans la région s’est arrêtée progressivement au cours du XXe siècle. Le puits de Delémont a cessé son activité en 1927, marquant la fin d’une époque pour l’industrie minière locale.
« Avec la fermeture des mines, la plupart des installations minières ont été démolies ou rebouchées », relève Régis Froidevaux. « Les puits ont été comblés et les infrastructures ont disparu peu à peu du paysage. La tête du puits des Rondez est aujourd’hui le seul vestige construit encore visible de cette activité dans la région. » Au fil du temps, le bâtiment s’est dégradé et a même été menacé de disparition lors de projets de construction commerciale à proximité. Afin de préserver ce témoin du patrimoine industriel jurassien, une association locale s’est mobilisée pour sauver et restaurer la structure. Et Régis Froidevaux d’ajouter : « En 2014, la tête du puits a été déplacée d’environ cinquante-cinq mètres pour éviter sa destruction lors de l’aménagement d’une nouvelle surface commerciale. Ce déplacement spectaculaire a permis de conserver l’édifice tout en permettant le développement urbain du secteur. »
Nouvelle fonction culturelle
Entre 2021 et 2023, d’importants travaux de restauration ont été entrepris pour redonner vie au bâtiment. Ces travaux, d’un coût d’environ 1,3 million de francs, ont permis de conserver la structure en bois tout en adaptant l’intérieur à de nouveaux usages.
Aujourd’hui, la Tête du puits de mine est devenue un lieu culturel polyvalent. Elle abrite notamment au rez-de-chaussée une salle destinée à accueillir des événements, des conférences ou des manifestations culturelles.
Grâce à cette réhabilitation, le bâtiment ne se limite plus à un simple vestige historique : il constitue désormais un espace vivant qui permet de transmettre la mémoire du passé industriel de la région. Toujours selon Régis Froidevaux, un projet est actuellement en gestation afin d’utiliser le premier étage du bâtiment pour accueillir une exposition permanente qui présentera différents aspects de cet héritage dont des documents d’archives, des photographies historiques, des objets techniques ou pédagogiques. Cette exposition permettra ainsi de mieux comprendre les conditions de travail dans les mines et l’organisation de cette industrie qui a joué un rôle central dans l’exploitation du fer dans le Jura.
Olivier Odiet
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