Ce qui fait la force d’Usinesonore depuis ses débuts, ce n’est pas seulement son goût pour les formes contemporaines. C’est sa manière très particulière de les offrir au public. L’association, fondée en 2006 par Julien Annoni et Olivier Membrez, défend depuis vingt ans une conviction simple mais exigeante : les arts sonores n’ont pas à intimider. Ils peuvent au contraire devenir des espaces de plaisir, de découverte et de partage, loin de tout élitisme. Cette ligne, le festival la revendique encore aujourd’hui, en s’adressant aussi bien aux amateurs avertis qu’aux curieux qui aiment se laisser surprendre.
Pour marquer cet anniversaire, Usinesonore regarde un peu dans le rétroviseur sans se figer dans la nostalgie. L’idée n’est pas de célébrer le passé sous cloche, mais de faire résonner ce qui a construit son identité : un goût des croisements, un sens du décalage, et cette envie intacte de faire surgir l’inattendu. Le programme 2026 s’articule ainsi autour de cinq rendez-vous thématiques, chacun avec sa couleur, son souffle, sa manière d’embarquer le public.
Entrée en matière virtuose, ludique et physique
L’ouverture, le samedi 30 mai, donne le ton. Avec Déluge percussif de Julian Sartorius and friends, Usinesonore convoque une soirée de peaux, de frappes, d’échos et d’énergie brute. Le percussionniste suisse, entouré de huit autres musiciennes et musiciens, promet une entrée en matière à la fois virtuose, ludique et physique.
Le lendemain, dimanche 31 mai, le festival bifurque vers une expérience d’un autre ordre avec In bocca al lupo du ShanjuLab. Ici, il n’est pas question d’un simple spectacle sur le loup, mais d’une immersion dans un territoire, dans une présence, dans une cohabitation. Judith Zagury, Séverine Chave, Dariouch Ghavami et les chiens Azad, Lupo et Yova entraînent le public dans une création théâtrale et vidéo née d’une véritable enquête de terrain.
Le mercredi 3 juin, place aux familles avec un rendez-vous taillé pour les enfants sans rien sacrifier à l’inventivité. Sous la conduite du percussionniste et compositeur Stanislas Pili, un ciné-concert invite les plus jeunes à participer eux-mêmes à la création en direct de la bande-son d’un film. L’idée résume assez bien la philosophie maison : ne pas placer le public à distance, mais l’associer, le mettre en mouvement, lui faire vivre l’œuvre de l’intérieur.
La confidence amoureuse flirte avec l’analyse musicale
Puis viendra, le jeudi 4 juin, un visage très connu, mais dans une proposition qui colle parfaitement à la personnalité du festival. André Manoukian, seul au piano, déroulera son spectacle autour de l’histoire de la musique, entre érudition, humour et digressions inspirées. Pythagore y croise Claude François, la confidence amoureuse flirte avec l’analyse musicale, et le récit promet d’être aussi savant que jubilatoire. Enfin, le vendredi 5 juin, la clôture emmènera le public bien plus haut, vers les Alpes et les glaces, avec Erika Stucky’s Ice Orkestra feat. We Spoke.
La chanteuse y convoque le glacier d’Aletsch, les grondements de la roche et de l’eau, des sonorités presque rituelles, entre mystère, nature et spiritualité. Ce concert de fermeture a aussi une portée symbolique forte : Julien Annoni, directeur du festival et cocréateur d’Usinesonore, y remontera sur scène avec l’ensemble We Spoke. Une boucle se referme, ou plutôt se relance.
Céline Latscha


