Bichonner des écrins de nature inspirants
– Léon, depuis quand êtes-vous président de La Libellule et à qui avez-vous succédé ?
– Je suis président de La Libellule depuis 2021 après avoir succédé à Jean-Luc Brahier, ornithologue passionné et naturaliste dévoué qui avait fondé la société avec d’autres habitants du Petit-Val et de la région en 1991.
– Quelles sont les motivations qui vous ont incité à relever un tel défi ?
– C’est avant tout le sentiment de redevance envers la société et notre beau vallon qui, tout au long de ma jeunesse, m’ont permis de vivre de magnifiques moments en pleine nature, les pieds dans l’eau, les mains sales et la tête pleine d’oiseaux, de fleurs, de papillons et d’autres insectes. Mais c’est aussi le bonheur et le sentiment d’appartenance que m’apporte mon engagement à continuer l’important travail de La Libellule et ses membres pour préserver cette biodiversité et cette solidarité entres habitants à poils ou sans poils qui fait du Petit-Val un lieu si agréable à vivre.
– Quelles sont les principales actions menées actuellement par l’association durant l’année ?
– La saison débute chaque année avec notre action de sauvetage et de protection des amphibiens sur le secteur de Bellelay. Chaque année, de février à mars, ce sont plusieurs kilomètres de barrières mobiles qui sont montées au bord des routes ainsi qu’une chaîne de bénévoles qui se relaient matin et soir pour aider plusieurs milliers d’amphibiens à traverser les routes sains et saufs sur leur migration vers les aires de pontes. Au mois de mai, dans le cadre de la Fête de la Nature, depuis peu nous proposons également une découverte guidée du chemin des gîtes et des nichoirs aux alentours de Souboz. C’est l’occasion pour un public plus large d’en apprendre plus sur la petite faune (principalement amphibiens, reptiles et avifaune) et la flore de notre région à travers une série de panneaux didactiques, nichoirs à oiseaux et biotopes humides réalisés et entretenus par La Libellule. L’été est une période assez calme en général même si certains travaux d’entretien viennent parfois s’y glisser : réparation urgente de barrières à bétail, désherbage d’une haie fraîchement plantée, etc.
A la fin de l’été, quand une partie de nos amis les oiseaux se mettent en route pour le sud, nous avons l’habitude d’organiser une sortie d’observation des oiseaux aux alentours de la réserve naturelle de La Noz à Bellelay qui est un lieu privilégié pour observer chaque année plus d’une trentaine d’espèces d’oiseaux en l’espace d’une matinée. La fin de l’année et la période froide est en général l’occasion d’entreprendre les travaux d’entretiens annuels tels que le curage des mares, le fauchage et la taille de certains des biotopes, nettoyage et relevés des nichoirs disséminés dans le Petit-Val et la réalisation des occasionnels projets de création ou de rénovation de nouvelles mares. Cette année par exemple nous avons entrepris, avec une entreprise spécialisée, le curage et la rénovation d’une mare naturelle au Tschaïbez qui montrait des signes de fuite et d’asphyxie.
– Avez-vous conduit des projets emblématiques dont vous êtes particulièrement fier ?
– Depuis ma prise de poste en tant que président nous avons réalisé plusieurs petits projets tous très importants, mais je pense que le projet dont je suis le plus fier est celui de la réalisation du chemin des nichoirs et des gîtes auquel j’ai participé en tant qu’élève de l’école primaire de Souboz. Nous avions animé l’inauguration de ce sentier didactique à l’initiative du comité de l’époque avec une pièce de théâtre en situation tout au long du tracé. Un bel exemple de l’esprit de partage et de créativité entre environnement naturel et inspiration artistique de La Libellule et de notre communauté. Un sentier didactique qui est encore aujourd’hui à disposition de tous les curieux-ses.
– Comment choisissez-vous les sites ou les thématiques d’intervention (zones humides, forêts, biodiversité, etc.) ?
– Fondée en 1991 lors de la création de la réserve communale de La Sablière, La Libellule a toujours misé sur une nature double entre réalisation, entretien et protection de biotopes naturels désignés et l’organisation d’activités de partage et d’apprentissage collectif autour de ces écrins de nature. Aujourd’hui, nous maintenons toujours ce cap tout en essayant de garder un ancrage fort avec le terrain. Nous cherchons avant tout à préserver et promouvoir la biodiversité par la réalisation et l’entretien de structures concrètes plutôt que faire du plaidoyer et une promotion à une échelle plus large.
– Travaillez-vous en collaboration avec les autorités communales ou cantonales ?
– Nous avons la chance de pouvoir travailler en étroite collaboration avec la Commune de Petit-Val dans le suivi et la gestion des espaces naturels et pouvons compter sur le soutien financier régulier de cette dernière ainsi que de la Municipalité de Saicourt. Nous collaborons également avec le canton, notamment dans le cadre de l’action de sauvetage annuelle des amphibiens à Bellelay, puisqu’il est de son mandat d’agir pour la protection de cette grande zone humide classée à l’inventaire national.
– Combien de membres compte aujourd’hui l’association ?
– La Libellule compte aujourd’hui une trentaine de membres.
– Comment mobilisez-vous les bénévoles et la population locale ?
– Nous sommes présents sur les réseaux sociaux et notre programme annuel est disponible sur notre site internet mais la mobilisation de la population se fait avant tout par le bouche-à-oreille et les réseaux d’échange et de communication informels au sein de la communauté.
– Observez-vous un intérêt croissant des jeunes pour la protection de la nature ?
– Je pense que les jeunes d’aujourd’hui sont sensibles aux questions de protection de la nature mais que nous leur donnons peu l’occasion de s’y confronter réellement et de s’engager. Les associations régionales comme la nôtre sont plutôt vieillissantes et pas très attractives et le travail bénévole (et donc non rémunéré) est aujourd’hui de moins en moins une activité dans laquelle il est possible et désirable de s’engager. Nous devons trouver comment repenser nos structures et notre fonctionnement pour les rendre plus attractives et dynamiques, et par là je veux aussi dire financièrement.
– Quels sont les principaux défis écologiques dans la région de Petit-Val aujourd’hui ?
– Certainement nous faisons également face à la pression foncière exercée par l’agriculture (principale et presque unique activité économique dans notre vallon) qui, pour des raisons systémiques et économiques, est forcée à agrandir, uniformiser et assécher les surfaces naturelles, mais les plus grands défis écologiques sont plutôt à chercher dans l’appauvrissement de la biodiversité et le bouleversement des réserves hydriques provoqués par le changement climatique. C’est une responsabilité globale que nous avons et qui commence par une prise de conscience et d’action à l’échelle régionale. Néanmoins, je dirais que celle-ci dépasse souvent le cadre de projets ponctuels et locaux mais est plus à trouver dans des choix organisationnels, politiques et économiques forts.
– Comment concilier développement régional et protection de la nature ?
– Je suis d’avis que dans notre région quelque peu reculée, le développement régional passe par des investissements dans une offre de transports publics plus fournie et mieux adaptée aux besoins afin de permettre d’une part le développement d’activités touristiques mais également la possibilité pour les habitants de s’installer et travailler dans la région plus facilement sans devoir avoir recours à plusieurs véhicules polluants. Ceci représente aussi un public susceptible de passer plus de temps dans les coins naturels au lieu de devoir passer des heures au volant pour aller travailler en ville, et donc une population sensibilisée qui a plus de temps et surtout d’envie à consacrer à la protection de la nature. Sans oublier que nous devons, en développant la création de valeur ajoutée à l’échelle régionale, apporter notre soutien aux entreprises agricoles et forestières pour leur permettre de vivre d’un revenu digne qui ne les pousse pas vers des pratiques d’agrandissement et d’intensification, au détriment des haies, zones humides, lisières étagées, etc.
– Quelle est votre vision pour La Libellule dans les dix prochaines années ?
– Une association qui ne se voit ni trop petite ni trop grande et qui, avec le soutien financier des autorités publiques, a à cœur de proposer un cadre bienveillant, constructif et intéressant aux habitants des communes de la région pour s’engager concrètement à la préservation de la nature de notre région et ainsi proposer un service essentiel à la communauté.
– Quels projets aimeriez-vous concrétiser prochainement ?
– Nos forces vives s’amenuisant peu à peu, nous cherchons actuellement une solution viable pour l’organisation et la gestion des relevés printaniers d’amphibiens à Bellelay. Puisqu’il en est de sa responsabilité, nous espérons pouvoir compter sur la collaboration du canton sur ce dossier. Autrement il me tiendrait à cœur de pouvoir, avec la commune de Petit-Val et les exploitants concernés, trouver une solution viable à la réhabilitation et la protection de la petite rivière de la Draie au pied du village de Monible. C’est une zone humide vivante unique qui mérite qu’on lui prête attention avant qu’elle ne devienne un simple drainage enterré.
– De quoi l’association a-t-elle le plus besoin aujourd’hui (soutien financier, bénévoles, reconnaissance politique…) ?
– Nous avons avant tout besoin de plus de nouveaux cerveaux, mains fortes et grands cœurs qui participent activement aux discussions, aux activités et au montage et la réalisation de projets.
– Quel message souhaiteriez-vous adresser aux habitants de Petit-Val ?
– Prenez votre courage et votre force de proposition à deux mains et contactez-nous !
Propos recueillis par Olivier Odiet



