Actualités, Economie

Vers une stabilisation fragile et complexe

Edition N° 14 – 15 avril 2026

Le baromètre industriel de la Chambre d’économie publique Grand Chasseral (CEP) démontre que certaines entreprises redoutent une perte d’attractivité de la place industrielle suisse dans le long terme.

Chaque trimestre, le baromètre industriel de la Chambre d’économie publique Grand Chasseral (CEP) décrypte les principales tendances de l’industrie de précision dans une approche prospective. Dans la région du Grand Chasseral, le secteur secondaire représente près de la moitié des emplois et se distingue par la cohérence de ses spécialisations, la complémentarité de ses chaînes de valeur et la densité des liens entre ses entreprises. Donnant une clé de lecture des enjeux systémiques du secteur secondaire, le baromètre industriel offre une synthèse régulière des dynamiques du domaine avec un focus particulier sur la microtechnique.

Prudence de mise

Le deuxième trimestre 2026 devrait correspondre à une stabilisation du niveau d’activité selon les projections effectuées par la plupart des entreprises en matière de volume d’affaires. Il faut d’emblée nuancer cette anticipation dans la mesure où l’installation d’un conflit au Moyen-Orient est susceptible d’influer de manière directe, mais délicate à modéliser sur la dynamique industrielle, notamment celle portée par l’horlogerie dans le deuxième semestre 2026.
Basé sur les entrées de commandes escomptées par les entreprises, le signal donné par la possible fin d’une spirale descendante demande cependant la plus grande prudence car ses fondamentaux demeurent fragiles. S’étant brutalement manifestée dans un cycle conjoncturel baissier, la forte incertitude ayant gagné le fonctionnement de l’économie mondiale est accentuée par une volatilité que même la pandémie de COVID-19 n’avait pas atteinte. La complexité du contexte dans lequel s’inscrivent les PME industrielles suisses exportant leurs biens et services se combine, dans l’Arc jurassien spécialement, avec une séquence notablement difficile pour le domaine d’application principal des capacités de production régionales, l’horlogerie. Une reprise du flux courant semble se dessiner, mais déjà s’énonce de manière plus nette qu’avant la question critique du volume de montres exportées, surtout dans le moyen de gamme mécanique.
Les perturbations déclenchées en 2025 par la politique protectionniste américaine forcent, en effet, une dichotomie dans l’industrie de la précision, montrant usuellement une forte homogénéité en termes d’enjeux. Une différenciation entre l’écosystème de production horloger, connaissant vraisemblablement une amélioration timide, et les moyens de production ou composants destinés à d’autres domaines se précise. Ces derniers sont, d’ailleurs, ceux qui soulignent une baisse de compétitivité en raison de facteurs externes, conduisant à la perte de clients.

L’attractivité suisse questionnée par les PME industrielles

A la question « La Suisse reste-t-elle une place économique attractive pour le développement à long terme de vos activités? », une majorité d’entreprises répond par l’affirmative, notamment pour des motifs strictement horlogers (en premier lieu le Swiss made), mais aussi en considération des atouts traditionnels de l’économie suisse comme la stabilité – quoique fortement ébranlée depuis le
1er août 2025 – la qualification de la main-d’œuvre, le marché du travail et des conditions-cadres globalement favorables. Toutefois, hors de l’écosystème de production de l’horlogerie, des entreprises confessent être contraintes à une réflexion imposée par la perte d’attractivité de la place économique nationale. Force du franc, faiblesse des liens diplomatiques dans un contexte international protectionniste, incertitudes sur les Bilatérales III, capacités de résilience épuisées et absence de volonté politique de soutenir les PME industrielles affaiblissent la compétitivité internationale des entreprises suisses. Ce phénomène nouveau démontre une perte d’attractivité de la place industrielle suisse. « En définitive, cette configuration menace d’aboutir à des réflexions sur le modèle de déploiement spatial des activités et conduire, par exemple, à la délocalisation de certaines parties de la production, mais pas uniquement. R&D, SAV et parfois même vente et communication ont fait leur apparition sur l’écran radar des fonctions susceptibles d’être déplacées à terme », éclaire Patrick Linder, directeur de la CEP. Une prise de conscience urgente est nécessaire au niveau fédéral pour préserver des compétences industrielles et des capacités de production qui donnent un aplomb stratégique à la Suisse dans une période particulièrement incertaine au plan de la géopolitique mondiale.
(cp)

Une prise de conscience urgente est nécessaire au niveau fédéral pour préserver des compétences industrielles et des capacités de production qui donnent un aplomb stratégique à la Suisse.

Le baromètre industriel de la Chambre d’économie publique Grand Chasseral (CEP) démontre que certaines entreprises redoutent une perte d’attractivité de la place industrielle suisse dans le long terme.