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La vie sociale en convalescence

Edition N°19 - 13 mai 2020

Carte blanche à Didier Juillerat – Directeur du CIP

Toute personne impliquée dans la direction d’une institution, d’une entreprise, ou de toute autre forme d’entité juridique a une préoccupation centrale : faire en sorte de la pérenniser. Cela peut passer par un développement et une croissance des activités ou simplement garantir le maintien de ce qui se fait à long terme. 

L’expérience vécue cette année par une grande partie des personnes dirigeantes a donc été contre nature : réduire, voire supprimer, les activités d’un jour à l’autre sans qu’aucune raison endogène ne le justifie. Il a fallu tirer la prise, presser le bouton stop, fermer la boutique, bref, tout arrêter, ou presque. Et si cela est vite dit, ce n’est pas si simple à réaliser.

Au niveau du CIP, par exemple, les conférences du 13 puis du 16 mars du Conseil fédéral ont signifié la fin des formations présentielles, la fermeture du restaurant et un coup d’arrêt de toutes les manifestations culturelles. Seul l’hôtel a pu continuer ses activités publiques. Non seulement, à ma connaissance, personne n’a ni appris ni ne s’est réellement préparé à ce genre d’événement mais de plus, cerise sur le gâteau, il était impossible de prédire jusqu’à quand ce stop général aller durer. Indépendamment des questions financières, gérées avec ou sans soutien de la Confédération, quel signal faut-il donner aux collaboratrices et collaborateurs concernés par cet arrêt d’activité? Comment garder des dynamiques d’équipes ? Comment continuer à offrir en urgence divers services ou prestations ?

Nos habitudes ont volé en éclat 

L’ensemble de ces questions s’est évidemment posé à tous et les réponses apportées ont certainement été différentes au sein de chaque entité économique concernée. A l’échelon mondial, tous les pays touchés par les mesures COVID-19 ont cependant vécu un élément commun, en plus des pertes financières abyssales : la plongée brutale, immédiate et obligatoire dans le monde de la communication digitale à tous les niveaux. En quelques jours le monde quotidien s’est transformé, nos habitudes ont volé en éclat que ce soit au niveau d’actes basiques comme de se saluer entre amis ou d’obligations professionnelles du plus haut niveau. Ces actes si intimement liés à notre culture, à notre savoir-vivre ne sont plus d’actualité. Tenir galamment une porte devient un attentat hygiénique, soutenir par le bras une personne qui a de la difficulté à se mouvoir touche au scandale, quant à «réseauter» avec ses pairs autour d’un apéritif, c’est un crime à l’état pur. Les séances ont donc lieu par visioconférences, les contacts se passent par e-mail, WhatsApp, Skype ou tout autre moyen de ce genre. 

Une adaptation fulgurante 

Le fossé digital nous tombe dessus d’un coup. Tout le monde est sensé maîtriser les outils, au risque d’être mis au ban de la société : les grands parents doivent «skyper» pour rester connectés à leurs petits-enfants, les élèves de tous les niveaux travaillent à distance, avec l’aide de parents censés être également enseignants, quant aux entreprises elles doivent installer du télétravail. Le plus étonnant est que cela se passe généralement bien. Ce qui aurait pris des années à mettre en place en temps normal fonctionne plutôt sans encombre après à peine quelques semaines. Qu’on le veuille ou non, le COVID laissera des traces, dont le bond numérique ne sera pas le moindre. Quelques semaines après le début de cette crise, nous nous préparons à la reprise de la vie post-COVID. Si le «quand» est censé être clarifié, le «comment» ne l’est pas. L’ensemble de la population se retrouve dès maintenant dans une «convalescence sociale». 

Marques indélébiles en héritage

La vie se normalisera peu à peu, mais elle ne sera pas pour autant «normale». Quand pourrons-nous à nouveau aller au restaurant sans arrière-pensée ou aller au cinéma ou à un concert sans sursauter en entendant son voisin tousser ? Pour le CIP, les activités reprennent en partie dès le 11 mai : le restaurant ouvre ses portes et sera prêt à accueillir les personnes qui souhaiteront s’offrir un moment de détente en dégustant à nouveau un bon repas sans devoir le cuisiner elles-mêmes…La médiathèque ouvrira également permettant ainsi à nouveau un accès à un pan de culture. La sortie de la crise ne sera certainement ni linéaire, ni immédiate et identique pour chacun. Elle laissera certainement des marques indélébiles, certaines heureuses, d’autres parfois tristes, mais il est à espérer que chacun pourra se réjouir de recommencer une vie sociale et professionnelle plus ouverte et enrichie de nouvelles expériences. Je vous souhaite à toutes et tous bon courage et une excellente sortie de COVID ! 

Carte blanche à Didier Juillerat – Directeur du CIP